Qu’est ce qu’une approche psychosomatique?

Toutes les maladies sont psychosomatiques, car Corps et Esprit ne font qu’un.

Chirurgien-dentiste de formation, j’ai été amenée à constater tout au long de ma pratique, l’existence de souffrances psychiques parfois bien verbalisées, parfois au contraire soigneusement cachées derrière les symptômes présentés comme motif de consultation. Une relation thérapeutique humaine et empathique quotidienne amène au fil des années à poser un autre regard sur les maux du corps et à aborder la question de leur sens.

Ces souffrances intimes, pudiquement voilées par un  symptôme buccal  facilement exhibé, étaient-elles en fait simples coïncidences, causes, conséquences, ou bien autres faces d’une même souffrance psychosomatique?

Les maladies sont-elles le résultat d’une seule cause biologique ou traumatique, ou d’un ensemble de facteurs beaucoup plus large, impliquant l’histoire de l’individu, sa personnalité et ses capacités d’adaptation ?

Quel sens donner à ces dents cariées, fracturées, infectées, hypersensibles qui me parlaient chaque jour, et comment aider efficacement les personnes qui me confiaient des mots de désespoir avec leurs maux de dent ?

Comment expliquer en effet les accès aigus spontanés, les récidives et passages à la chronicité sans cause apparente?
Ces questions ne trouvant toujours pas à l’heure actuelle de réponse satisfaisante dans la littérature médicale, poussent le praticien soucieux du bien-être de ses patients à rechercher d’autres facteurs dans un contexte plus large incluant peut-être ces histoires de vie ou ces blocages émotionnels relatées par le patient lui-même en cours de soin.
La question du sens apparait alors comme une évidence de par la simple nature forcément multi-causale de la maladie.

Ces maux chercheraient-ils à exprimer ce que les mots ne sauraient dire ? Un rapport analogique certain transparait entre les souffrances secrètes et les symptômes exprimés, faisant apparaitre les maux du corps comme les métaphores des émotions cachées.

J’entrepris alors de recueillir mes observations dans un ouvrage autopublié  en 2011 « Les dents nous parlent » et de poursuivre des recherches dans ce sens en m’inscrivant à deux formations universitaires : Le DU de Psychosomatique Intégrative, psychanalyse, médecine et neurosciences  dirigé par le professeur Jean Benjamin Stora, qui m’éclaira sur les processus générateurs des maladies, et Le DU d’Hypnose Médicale dirigé par le professeur Jean Marc Benhaiem qui me fit découvrir un formidable outil de traitement des maladies chroniques et psychosomatiques.

La Psychosomatique

Les histoires de vie des patients qui trouvaient en mon cabinet écoute et de confiance, étaient pour moi une source inestimable d’enrichissement personnel et les rapprochements entre les maux de dents et le mal-être sous-jacent, éveillèrent peu à peu mon intérêt pour la psychosomatique. Mon exercice s’orientait ainsi vers une dimension holistique et il m’apparut bientôt que chaque symptôme somatique reflétait une émotion particulière, en général bien familière, réveillée par un stress récent.

Ouvrir ainsi cœur et oreilles aux souffrances enfouies des patients me fit alors prendre conscience de l’existence certaine de processus psychosomatiques dans lesquels, constitution physique, histoire de vie, évènements récents et adaptation au milieu étaient soigneusement reliés et interdépendants.

Ces processus correspondant à une vision plus large du fonctionnement de l’être humain dans un environnement social, expliquaient de surcroît pour moi, l’existence de récidives incompréhensibles et de résistances aux traitements si souvent observés. J’ai ainsi décidé de faire évoluer ma pratique clinique concernant le traitement de dents isolées de leur contexte, vers une pratique plus globale de l’être humain.
Contrairement aux nombreuses théories trop facilement diffusées, il n’existerait pas de spécificité psychosomatique « due au stress », car toutes les maladies sont psychosomatiques, corps et esprit exprimant toujours ensemble, à des degrés divers et à leur façon, les mêmes souffrances. La psychosomatique scientifique m’a permis de comprendre en revanche les processus générateurs de maladie et le rôle joué par le psychisme, le passé et l’environnement.    

L’Hypnose Médicale

L’enseignement de l’Hypnose Médicale assurée par le professeur Jean Marc Benhaiem m’a permis par la suite d’obtenir un véritable outil de thérapie psychosomatique. L’enjeu de mes recherches tant théoriques que cliniques, étant de pouvoir guérir durablement les symptômes cliniques usuels, par des prises en charge complémentaires et globales agissant sur le contexte d’apparition de ces maladies. L’engouement récemment observé pour cette nouvelle approche médicale, me semble bien liée à une reconnaissance grandissante de l’unité psychosomatique et aux besoins croissants de la population de trouver des solutions de mieux-être.

Le simple effacement de son symptôme ne lui suffit plus et le patient veut donner un sens à ce qui lui arrive, une maladie isolée et subite pouvant en effet être perçue comme absurde et angoissante. De nos jours en effet, le patient bien informé grâce à la pléthore d’informations médicales sur le net, ne veut plus subir maladie et soins sans comprendre ce qui lui arrive et souhaite s’impliquer activement dans sa guérison pour reprendre le contrôle sur son corps.

L’hypnose médicale telle qu’elle est enseignée dans le cadre de ce DU me parait réponde parfaitement d’une part à mon désir d’effectuer une prise en charge  plus globale de mes patients car elle opère sur la relation de soi à son corps et de soi à son environnement  et d’autre part aux demandes de la population moderne en quête d’autonomie et de sens. Ce respect de l’autonomie du patient me semble en effet représenter une évolution certaine de l’approche médicale classique permettant de lui restaurer son pouvoir d’auto-guérison basé sur ses ressources intérieures.

La passivité et la dépendance dans lesquels les malades sont enfermés m’apparait bien comme un facteur défavorable sur le pronostic des maladies les plus graves, les privant de leur précieuse participation. C.G. Jung n’a-t-il pas dit d’ailleurs : « Le meilleur médecin est mon corps lui-même puisque lui m’aime ! » ?

John Elliotson (17911868) professeur de Chirurgie qui introduisit l’utilisation de l’hypnose en hôpital pour les anesthésies, dit d’autre part en 1843 : « Les facultés du cerveau, l’esprit, sont les objectifs d’étude les plus élevés de l’univers que l’homme puisse donner, et son pouvoir sur les propriétés du corps en général et tout particulièrement sur le cerveau et le système nerveux est tellement immense qu’il est en mesure de prévenir la souffrance et de la réduire et de soigner la maladie bien davantage qu’avec les moyens que dispose aujourd’hui les arts de la médecine. »  

Il convient de rappeler que l’hypnose, utilisée par les chamans du monde entier depuis l’ère paléolithique, est bien l’ancêtre de la psychothérapie, qu’elle peut sans honte rejoindre aujourd’hui pour compléter les techniques actuelles. Elle permet en effet à la fois un accès au passé enfoui à l’instar des thérapies analytiques et une ouverture vers la solution comme le proposent les thérapies brèves.

Elle est de plus selon moi une technique non négligeable de thérapie psychosomatique, dans la mesure où elle permet de soigner un symptôme somatique en passant par l’émotion qui lui est associée. Technique pont entre médecine et psychothérapie, elle permet en outre d’humaniser la médecine en favorisant une relation thérapeutique propice au changement de pensée et de sensations et d’apporter en sus une efficacité concrète aux psychothérapies. En résumé,

La thérapie psychosomatique est une approche médicale complémentaire permettant de soigner non plus seulement un symptôme « intrus », mais un être humain dans toutes ses dimensions bio-psycho-sociales, pour retrouver durablement santé et bien-être.

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